Qu'est-ce que le Ségur de la Santé ?

Lancé en mai 2020 dans le contexte de la crise sanitaire liée à la Covid-19, le Ségur de la Santé est une vaste concertation nationale engagée par le gouvernement français pour refonder le système de santé et revaloriser les professionnels hospitaliers. Ses conclusions, publiées en juillet 2020, ont débouché sur des engagements financiers et organisationnels d'une ampleur inédite depuis des décennies.

Les grandes mesures du Ségur

1. La revalorisation salariale

La mesure phare du Ségur est la revalorisation des rémunérations des personnels non médicaux des hôpitaux publics et des EHPAD : une hausse mensuelle nette de 183 euros a été accordée à l'ensemble des agents, suivie d'une extension progressive à d'autres secteurs (libéral, médico-social). Cette revalorisation visait à répondre à l'attractivité défaillante des métiers hospitaliers.

2. La reprise de la dette hospitalière

L'État s'est engagé à reprendre 13 milliards d'euros de dette hospitalière et à investir 19 milliards supplémentaires dans le système de santé sur dix ans. Cet effort d'investissement inédit vise à moderniser les infrastructures, les équipements et les systèmes d'information hospitaliers.

3. Le virage numérique

Le Ségur du Numérique en Santé constitue un volet spécifique consacré à la transformation numérique des établissements. Il prévoit notamment :

  • Le déploiement généralisé du Dossier Médical Partagé (DMP)
  • L'interopérabilité des logiciels de gestion hospitalière (DPI)
  • La dématérialisation des prescriptions médicales
  • Le renforcement de la télémédecine et du télésoin

4. La réforme des ressources humaines médicales

Les praticiens hospitaliers ont bénéficié d'une revalorisation de leur grille indiciaire. La réforme a également simplifié les statuts médicaux et ouvert de nouvelles possibilités de carrière à temps partagé entre ville et hôpital, afin de favoriser les coopérations entre les secteurs.

Les limites et critiques du Ségur

Malgré l'ampleur des engagements, le Ségur de la Santé a suscité des critiques de plusieurs acteurs :

  • Certaines catégories professionnelles (kinésithérapeutes, manipulateurs radio, aides médico-psychologiques) ont estimé avoir été insuffisamment incluses dans les revalorisations initiales.
  • Les syndicats ont pointé des inégalités de traitement entre établissements publics, privés non lucratifs et cliniques privées.
  • La question de la gouvernance et de l'organisation du travail a été jugée insuffisamment traitée par rapport à la seule question salariale.

Impact sur l'attractivité des hôpitaux publics

Le Ségur a contribué à freiner, sans totalement inverser, la tendance à la désaffection pour les métiers hospitaliers publics. Les difficultés de recrutement persistent dans plusieurs spécialités et territoires. La question de la qualité de vie au travail, des conditions d'exercice et de la charge de travail reste centrale dans les débats sur l'attractivité des carrières à l'hôpital.

Où en est-on aujourd'hui ?

La mise en œuvre du Ségur se poursuit à travers différents chantiers, notamment le Ségur du Numérique, dont les vagues de déploiement s'étalent jusqu'en 2026. Le financement de l'investissement hospitalier fait l'objet d'un suivi via le Conseil national de l'investissement en santé (CNIS). Pour les professionnels hospitaliers et les gestionnaires, suivre l'avancement de ces réformes est indispensable pour anticiper leurs impacts sur l'organisation et les ressources des établissements.